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A FOREST

Cette exposition présente les pièces réalisées dans l’atelier de recherche et de création « A Forest », mené par Lydie Jean-Dit-Pannel et Lionel Thenadey, à l’ENSA (École Nationale Supérieure d’Art et de Design) de Dijon. Avec le soutien des productions WiP Stéphane Plassier.

 

Artistes exposés : Elodie Collin, Maëva Ferreira Da Costa, Cerize Fournier, Nicolas Graff, Jade Jouvin, Camille Limbardet, Jade Maily, Virginie Nugere, Eva Pelzer, Chloé Poulain, Mona Rocher, Héloïse Roueau, Anselme Sennelier, Andréa Spartà, Anaëlle Thiéry.

"Lieu de conte et de cauchemar, asile autant que piège, la forêt est par définition un espace de projections, de fantasmes et d’hallucinations. L’imagination y trouve en effet un terrain qui se prête aisément à ses délires, débridée par ses angles morts et ses ombres monstrueuses. Hautement symbolique, elle s’est faite la scène des chasses d’Artémis et des orgies dionysiaques, comme des enchantements de Merlin, des comédies shakespeariennes et des mystères romantiques. C’est dans ce paysage de dissidences et de marges que cette exposition a pris forme, dans des forêts prises comme autant de refuges pour des artistes en devenir, des terrains aux formes vagues mais fertiles qui, à leur image, remodèlent en permanence leur plasticité.

La forêt, c’est également le lieu de la démesure, celle du projet fou d’opéra de Fitzcarraldo comme le royaume de King Kong, deux figures chères à Lydie Jean-Dit-Pannel qui y trouve l’élan de sa création. Depuis 2015, accompagnée de son complice Lionel Thenadey, elle emmène dans ses évasions forestières les étudiant.e.s de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Dijon, d’abord dans le cadre de workshops puis dans celui d’un projet sur le long terme, un Atelier de Recherche et Création qui les a conduit en Haute-Marne et dans les forêts Vosgiennes. Ensemble, ils partagent l’expérience d’une complète immersion dans la nature, attentifs aux êtres qui l’habitent et à la sensibilité brute qu’elle ravive.

Ces différents moments de vie, aussi doux qu’intenses, les étudiant.e.s les ont traduits en œuvres, empruntant des approches conceptuelles et des stratégies plastiques qui leur ressemblent. L’inépuisable répertoire des formes naturelles a éveillé les regards contemplatifs et les désirs expérimentaux de certains, quand le contact avec ces intelligences collectives, animales et végétales, a pu éveiller la conscience écologique d’autres. La forêt y est devenue un véritable théâtre à ciel ouvert, propice à performances, une scène magique, sinon merveilleuse, sur laquelle rejouer des mythes archétypaux et inventer des contes d’un nouveau genre. Jeune pousse ou mauvaise graine, chacun.e y aura trouvé les moyens sensibles de son inspiration, dans la promesse d’un devenir-forêt commun, comme remède à la barbarie de la civilisation."

- Florian Gaité, 2019

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Les Éteints - Série de 15 céramiques émaillées, dimensions variables

Singing Lesson - Vidéo 15 minutes 34

"L’oeuvre de Maëva Ferreira Da Costa donne corps à une archéologie spéculative toute personnelle, grâce à laquelle elle peut introduire un rapport poétique aux lois de la nature ou imaginer de nouvelles de formes de vie. Jouant sur l’indistinction entre le réel et le factice, entre le microscopique et la macroscopique, entre l’ancestral et le futuriste, elle crée ainsi des objets ambigus, sinon duplices, qui résistent à la reconnaissance immédiate, comme à la définition catégorielle. Vestige astral, fossile préhistorique ou spécimen biomorphe, fruits d’une manipulation expérimentale ou curiosités tombées du ciel, les formes plastiques qu’elle déclineéchappent en effet à l’appréhension ordinaire en sorte qu’elle se donnent le plus souvent sur le mode du «fantastique naturel» pour reprendre la formule de Roger Caillois. Empruntant à la géologie, à l’astrophysique comme la biologie, son esthétique de laboratoire est enfin mise au service d’une réflexion trans-, voire post-humaniste, qui interroge la place de l’homme dans l’univers, le rapport à son milieu et le pouvoir que lui confère la science.

Dans Singing Lesson, Maëva Ferreira Da Costa filme en plan fixe, légèrement tremblant car fixé à la branche d’un arbre, une forêt japonaise. L’accent est mis sur les mouvements du vent et les sons naturels qui animent le paysage : le crépitement des feuilles ou les chants d’oiseaux donnent littéralement vie à la végétation. Ce tableau animiste est ensuite perturbé par l’intrusion de bruits urbains qui installent les conditions d’une confrontation entre l’homme et son environnement. Peu à peu, la symphonie diffuse des débuts laisse place à une cacophonie au sein de laquelle les hurlements des oiseaux le dispute aux klaxons des voitures, jusqu’àl’acouphène final.

 

La série de céramiques émaillées des Éteints, notamment confectionnée avec de l’argile ramassée en forêt, réunit des objets à la forme indécise, aussi proche du minéral que de l’animal, oscillant entre le cocon et la météorite. L’artiste imagine ainsi qu’ils correspondent à des vestiges échoués du nuage d’Oort, une hypothétique ceinture astéroïdale, tenant leur aspect laiteux de leur composition chimique ou de la pression à laquelle ils ont été soumis, et leur aspect stratifié de potentiels processus de fonte, de sublima- tion ou de cristallisation. Cette lecture n’est cependant ni exclusive, ni imposée, à charge pour le spectateur de reconstituer le scenario qui semble présider à leur apparition."

 

-  Florian Gaité, 2019